L’attaque coordonnée contre des cibles américaines, le 11 septembre 2001, a conduit à la réactivation de dispositifs de sécurité exceptionnels dans plusieurs États occidentaux, bouleversant les équilibres politiques établis après la guerre froide. La réponse immédiate des gouvernements a instauré de nouvelles normes en matière de surveillance, de coopération policière et de législation antiterroriste.Dans les années suivantes, les politiques d’intervention militaire et les alliances stratégiques se sont profondément transformées. Les mouvements sociaux opposés à la mondialisation, qui occupaient jusque-là une place croissante dans l’espace public, ont vu leur influence remise en cause par la priorité donnée à la lutte contre la menace terroriste.
Un choc mondial : quelles réactions immédiates après le 11 septembre 2001 ?
Le 11 septembre 2001 restera une date à part dans l’histoire contemporaine. Ce jour-là, quatre avions de ligne détournés frappent les États-Unis en plein cœur. Deux d’entre eux s’écrasent délibérément contre les tours jumelles du World Trade Center à New York. Un troisième touche le Pentagone à Washington, siège des forces militaires américaines. Quant au quatrième, le vol United Airlines 93, il s’abîme dans un champ de Pennsylvanie, les passagers ayant opposé une résistance farouche à leurs agresseurs. Près de 3000 personnes sont tuées, et les rediffusions continues de l’événement marquent durablement le public mondial.
Au sommet de l’État, George W. Bush intervient aussitôt à la télévision : il promet la traque des responsables, sans délai. FBI et CIA se lancent dans une chasse à l’homme qui cible immédiatement Al-Qaïda et son chef, Oussama Ben Laden. L’affaire met aussi en lumière de grandes failles dans le renseignement américain : la Commission d’enquête sur le 11-Septembre mettra au jour l’absence de coordination entre agences et la lecture négligée de signaux d’alerte.
La stupeur contamine aussi la sphère économique. Wall Street reste portes closes pendant plusieurs jours, tandis que la destruction totale du World Trade Center 7, touché par les incendies liés à l’effondrement des tours, provoque de vives interrogations. Certains rappellent que Larry Silverstein, le propriétaire, avait souscrit récemment une assurance antiterroriste, ce qui alimente la circulation de théories alternatives. Mais, pour la majorité, une idée fait consensus : un cap a été franchi. Désormais, le danger se moque des frontières. Un vent de changement traverse non seulement l’Amérique, mais, par ricochet, toutes les grandes démocraties.
Redéfinition des menaces : l’apparition d’un nouvel ennemi international
Le 11 septembre impose un bouleversement mondial. Les attentats du World Trade Center et du Pentagone, aussitôt revendiqués par Al-Qaïda, placent le terrorisme international en tête des préoccupations partout dans le monde. Les États-Unis engagent alors une vaste guerre contre le terrorisme : la forme de l’ennemi évolue, on ne fait plus face à une armée traditionnelle, mais à des réseaux délocalisés et insaisissables.
Cette contre-offensive va s’articuler autour de trois grands leviers :
- Le renforcement massif des services de renseignement, avec la création du Director of National Intelligence chargé de lier la CIA, le FBI et la NSA.
- L’adoption du Patriot Act par le Congrès, loi d’exception qui démultiplie les pouvoirs de surveillance et permet la détention préventive sans charges officielles.
- Le recours à la force : intervention militaire en Afghanistan pour faire tomber les Talibans, puis engagement en Irak sous prétexte d’armes de destruction massive.
Dans la foulée, la doctrine classique de la défense nationale vole en éclats. Les révélations de la Commission d’enquête sur le 11-Septembre imposent une modernisation en profondeur du système de renseignement. L’adoption du Patriot Act ouvre, de fait, la voie à une sécurité accrue mais soulève d’intenses interrogations sur les équilibres démocratiques.
Un vocabulaire nouveau fait irruption : on parle désormais de menace asymétrique pour qualifier l’action de groupes dispersés, enclins à frapper de manière inattendue. Ce modèle s’impose bien au-delà des frontières américaines : partout, la lutte contre le terrorisme dicte l’agenda sécuritaire et inspire de nouvelles lois, des choix qui font encore sentir leurs effets, vingt ans après les faits.
L’altermondialisme face à la nouvelle donne sécuritaire
Pour les milieux altermondialistes, le choc du 11 septembre 2001 a été frontal. Jusque-là, ils proposaient une forte mise en cause de la mondialisation économique et contestait la logique des marchés mondiaux. Mais, avec la vague sécuritaire, leurs préoccupations se voient reléguées derrière l’urgence de l’antiterrorisme. Les questions écologiques ou sociales s’effacent un temps du débat national, les discussions publiques sont happées par la peur d’une nouvelle attaque. Les forums internationaux, de Porto Alegre à Florence, perdent leur visibilité face à l’inédit des nouvelles priorités.
Du côté des gouvernements, le relais est rapide : la France et l’Union européenne s’inspirent à leur tour du Patriot Act. Loi sécurité globale, nouveaux contrôles, dispositif d’état d’urgence : la sécurité prend le pas sur tout le reste. Les voix qui s’élèvent pour défendre la liberté oscillent entre marginalité et scepticisme général. La surveillance progresse dans tous les pans de la société, la constitution de profils et bases de données explose, tandis que la limitation des droits de réunion et de manifestation fissure le pacte démocratique.
Dans ce contexte de suspicion, les théories du complot foisonnent. La disparition inexpliquée du bâtiment WTC7, des passeports découverts dans les décombres, des zones d’ombre sur ce qui s’est produit au Pentagone… autant d’éléments qui, à mesure que montent les réseaux sociaux, trouvent une caisse de résonance. Les tentatives de réponse officielle peinent à rétablir la confiance : un fossé s’est creusé, durablement, entre la population et ses dirigeants.
Acculés, les altermondialistes s’accrochent à leur cri d’alerte : ils rappellent que, même en période de crise, la démocratie et la justice sociale ne sont pas des variables d’ajustement. Mais la vague du sécuritaire déferle et tarde à refluer.
Relations internationales et sécurité mondiale : des équilibres durablement bouleversés
Le 11 septembre, c’est une brèche dans l’illusion d’invulnérabilité américaine. Du jour au lendemain, la supériorité technologique et militaire des États-Unis est remise en cause. La riposte, massive, donne naissance à la guerre contre le terrorisme exportée hors des frontières. L’Afghanistan devient un champ de bataille, bientôt suivi par l’Irak, où la quête d’armes de destruction massive restera sans conclusion crédible.
Les années suivantes, la coalition occidentale rencontre rapidement ses limites. En Afghanistan, malgré deux décennies d’intervention, les Talibans reprennent la capitale. En Irak, la chute du régime de Saddam Hussein laisse le terrain à de nouveaux conflits, et l’État islamique s’impose sur fond de chaos, de Mossoul à Raqqa. Les anciennes lignes d’équilibre s’effondrent, sur toute la région, du Proche-Orient à la Syrie.
Dans ce désordre, la Russie retrouve une influence qu’elle croyait perdue. Elle s’implique militairement en Syrie, renforce ses actions hybrides en Ukraine, pousse ses pions jusque dans les processus électoraux occidentaux. Le paysage géopolitique se modifie en profondeur : désormais, l’incertitude domine. Les alliances traditionnelles se fissurent, de nouveaux acteurs imposent leurs règles, la solidarité internationale bat de l’aile. La confiance qui liait encore les grandes puissances s’estompe.
Deux décennies plus tard, le 11 septembre continue de modeler la géopolitique. Les traces ne se sont pas effacées. Nous vivons encore à l’ombre de cet événement, et rien n’assure que la certitude d’un monde stable reviendra un jour.


