Statistiquement, moins de 15 % des repreneurs financent l’acquisition d’une entreprise sans recourir à l’emprunt. Autrement dit, la question n’est pas de savoir si vous devrez solliciter un crédit, mais comment mettre toutes les chances de votre côté pour obtenir celui qui vous permettra de franchir le cap.
Avoir un apport personnel assez conséquent
Obtenir le feu vert d’une banque pour le rachat d’une entreprise ne s’improvise pas. Les établissements financiers observent de près la motivation et l’engagement du repreneur, mais ils ne s’arrêtent pas là. Ils cherchent avant tout des preuves tangibles que vous êtes prêt à prendre des risques, à commencer par le montant de votre apport personnel.
Que vous visiez un rachat de titres ou de fonds de commerce, ce point ne se négocie pas : il faut pouvoir présenter des fonds propres conséquents. La règle est claire : disposer d’au moins 30 % du prix d’acquisition en apport personnel. En-deçà, les discussions avec les banques risquent de tourner court.
Pas assez d’épargne ? Il reste possible de réunir ce montant en sollicitant des investisseurs privés, des proches ou en activant d’autres leviers.
Concrètement, plusieurs options s’offrent à ceux qui veulent renforcer leur dossier :
- Faire une levée de fonds auprès de Business Angels, ou mobiliser l’entourage familial et amical
- Demander une aide à la reprise ou à la création d’entreprise
- Se tourner vers le prêt d’honneur, accordé par certains réseaux d’accompagnement
Trouver une source de financement crédible
Le financement du rachat d’entreprise ne se limite pas aux banques classiques, même si elles restent la solution la plus sollicitée. Généralement, elles peuvent couvrir jusqu’à 70 % du prix d’achat. Mais il faut présenter un business plan solide, argumenté, qui démontre la viabilité du projet pour espérer convaincre un banquier de vous suivre dans l’aventure.
Comparer les offres de plusieurs établissements s’impose pour ne pas passer à côté d’un montage plus adapté. Parmi les alternatives à étudier figure le crédit vendeur.
Ce montage consiste à échelonner une partie du paiement sur une période de 1 à 3 ans, après un acompte d’au moins 50 %. Un accord de ce type facilite ensuite la négociation avec les banques, qui voient d’un bon œil la confiance du cédant.
Certains organismes publics proposent également des dispositifs dédiés à la reprise : la Bpifrance, par exemple, intervient via le prêt de transmission, avec des montants allant de 40 000 à 650 000 euros, en partenariat avec votre banque.
Pour les opérations plus structurées, le Leverage Buy Out (LBO) permet, grâce à la création d’une société holding, de constituer le capital nécessaire. Et si la mobilisation d’investisseurs classiques s’avère complexe, le crowdfunding offre une alternative pour réunir les fonds manquants, à condition de mener une campagne convaincante sur une plateforme spécialisée.
Garantir le prêt bancaire pour la reprise d’entreprise
Obtenir un prêt bancaire implique presque toujours d’apporter des garanties. Cela peut prendre plusieurs formes : caution personnelle, nantissement de titres ou de fonds de commerce, ou encore garantie par un organisme externe. Plusieurs dispositifs existent pour sécuriser ces opérations.
Voici quelques solutions régulièrement mobilisées par les repreneurs :
- La garantie transmission proposée par Bpifrance
- France Active, qui accompagne certains profils de porteurs de projet
- Garantie Égalité Femmes, pour les entrepreneuses souhaitant reprendre une société
Évaluer la rentabilité de l’entreprise à reprendre
Avant de signer quoi que ce soit, il est nécessaire d’examiner de près la santé financière de la société ciblée. Analyser ses résultats sur plusieurs exercices permet de déceler les tendances, les zones de risque, mais aussi les opportunités de croissance. Cette évaluation éclaire la décision et évite les mauvaises surprises.
Étudier le secteur d’activité et la position de l’entreprise face à ses concurrents directs et indirects est tout aussi déterminant. Mieux comprendre la dynamique du marché permet d’anticiper les obstacles et de cerner la marge de manœuvre réelle une fois la reprise actée.
Impossible, enfin, de faire l’impasse sur la réputation de l’entreprise et sur la solidité de ses équipes dirigeantes. Une structure dont la notoriété est entachée ou qui repose sur des compétences difficiles à renouveler risque de fragiliser l’opération. Autant de paramètres à vérifier avant de passer à l’étape suivante.
Négocier les modalités du rachat avec le vendeur actuel
Arrive alors le temps des discussions avec le cédant. Ce dialogue peut s’étirer sur plusieurs semaines, parfois davantage, et réclame méthode et sens de la négociation.
S’assurer d’avoir en main les moyens de financer au moins 70 % du prix de vente, que ce soit via un prêt bancaire ou grâce à des investisseurs, constitue la première étape.
Plusieurs formes de reprise existent, chacune avec ses spécificités :
- Rachat partiel : aussi appelé « management buyout » (MBO), il implique que certains membres clés de l’équipe dirigeante reprennent le contrôle majoritaire, voire la totalité de l’entreprise.
- Rachat intégral : dans ce scénario, un investisseur extérieur acquiert l’ensemble des actions ou parts sociales.
La façon de régler le montant du rachat se discute également : paiement comptant, versements échelonnés avec un accord de paiement différé, ou encore apport en capital spécifique sont autant de pistes à explorer avec le vendeur.
Pour sécuriser la transaction, il est vivement recommandé de prévoir certains garde-fous. Exiger un engagement de non-concurrence ou un contrat d’exclusivité évite bien des déconvenues, en empêchant l’ancien propriétaire de créer une structure rivale ou de divulguer des informations sensibles.
Ce moment charnière du rachat ne tolère ni précipitation ni légèreté. Chaque clause négociée façonne le futur de l’entreprise. Les discussions abouties sont celles qui laissent les deux parties satisfaites et prêtes à s’engager vers une nouvelle trajectoire.
Acquérir une entreprise, c’est choisir d’écrire la suite d’une histoire déjà entamée. Le chemin est balisé, mais les détours sont nombreux. À chaque étape, la vigilance et la préparation font la différence : le vrai pari, c’est celui du repreneur qui sait exactement pourquoi il signe.

