Boating Industry : comment capter la nouvelle génération de plaisanciers ?

Les plaisanciers qui achètent leur premier bateau aujourd’hui ne ressemblent plus à ceux d’il y a vingt ans. Ils sont plus jeunes, plus urbains, souvent locataires, et leur rapport à la propriété a changé. Pour la boating industry, le défi ne se limite pas à vendre des bateaux : il faut repenser l’accès même à la navigation de plaisance.

Abonnement nautique : le modèle qui séduit les moins de 35 ans

Vous avez déjà remarqué que les jeunes urbains louent leur voiture, leur logement, leurs vêtements ? Le nautisme suit la même trajectoire. Des plateformes comme Boatsetter, GetMyBoat ou Click&Boat proposent désormais des formules d’abonnement mensuel ou des « boat clubs » donnant accès à une flotte complète.

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Le principe est simple : vous payez une cotisation, vous réservez un bateau disponible dans votre port, vous naviguez. Pas d’achat, pas d’entretien, pas de place de port à trouver. Brunswick, via Freedom Boat Club, a largement accéléré ce modèle ces dernières années avec une croissance notable de sa base d’abonnés.

L’abonnement nautique supprime les trois freins majeurs des jeunes plaisanciers : le coût initial d’acquisition, la complexité de la maintenance et le manque de place de stockage. Pour quelqu’un qui vit en appartement à Lyon ou à Bordeaux, posséder un bateau relève du casse-tête logistique. L’abonnement rend la plaisance accessible sans patrimoine immobilier ni garage.

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Groupe de jeunes adultes consultant une application de navigation sur tablette à bord d'un voilier moderne amarré dans une marina

Ce basculement vers le « boating-as-a-service » redistribue aussi les cartes pour les chantiers navals et les salons nautiques. Un boat club commande des flottes standardisées, pas des unités sur mesure. Les constructeurs qui l’ont compris adaptent leurs gammes avec des modèles pensés pour un usage partagé intensif, plus robustes, plus faciles à nettoyer, avec des motorisations fiables et sobres.

Motorisations sobres et ports verts : ce que la nouvelle génération attend du nautisme

La question environnementale n’est pas un argument marketing accessoire pour les plaisanciers de moins de 35 ans. C’est un critère de choix. Les normes sur les émissions des moteurs de plaisance se durcissent en Europe, et cette évolution correspond à une demande réelle.

Les jeunes navigateurs sont les premiers adopteurs de motorisations électriques ou hybrides. Pas par militantisme, mais par cohérence avec leurs habitudes de consommation. Ils roulent en vélo cargo, mangent local, et ne se voient pas embarquer sur un hors-bord qui consomme des dizaines de litres à l’heure.

Côté infrastructures, des programmes publics poussent les ports de plaisance vers des standards « verts » structurants. Au-delà des labels volontaires comme Pavillon Bleu, des financements régionaux intègrent désormais la plaisance et les jeunes usagers comme relais de transition écologique. Un port qui installe des bornes de recharge électrique, qui propose le tri des déchets de carénage et qui communique sur sa démarche RSE attire une clientèle que les marinas traditionnelles perdent.

Pour l’industrie nautique, la leçon est directe :

  • Proposer des bateaux à motorisation sobre dès l’entrée de gamme, pas uniquement sur les modèles premium de plus de dix mètres
  • Travailler avec les ports et collectivités pour rendre visible l’engagement environnemental sur le terrain, pas seulement dans les brochures
  • Intégrer la sobriété énergétique comme argument de vente principal lors des salons nautiques, au même titre que la puissance ou la vitesse

Diversité des profils : la plaisance ne peut plus cibler un seul public

Les données du marché américain, documentées par la NMMA et la MRAA via le programme Discover Boating, révèlent un constat net. Les propriétaires de bateaux actuels sont plus âgés, plus aisés et moins diversifiés que la population générale. L’âge médian des propriétaires se situe bien au-dessus de la médiane nationale.

La prochaine génération de plaisanciers sera plus diverse et moins souvent issue de familles déjà propriétaires de bateaux. Ce décalage oblige à repenser la communication. Un salon nautique qui s’adresse uniquement à des hommes blancs propriétaires rate la majorité de son marché potentiel.

La recherche Discover Boating identifie trois segments : les « traditionnels » (proches du profil actuel), un segment de croissance et un segment émergent. Ces deux derniers représentent ensemble une base estimée à plusieurs dizaines de millions de personnes aux États-Unis. En France, le marché de la plaisance suit une tendance similaire, avec une diversification progressive des profils lors des salons comme le Nautic de Paris ou le Grand Pavois de La Rochelle.

Jeune homme accroupi à la proue d'un semi-rigide naviguant près d'une côte méditerranéenne rocheuse, incarnant l'esprit aventurier des nouveaux plaisanciers

Salons nautiques et canaux digitaux : où rencontrer les futurs plaisanciers

Les salons nautiques restent un point de contact physique précieux. Mais la nouvelle génération ne pousse pas spontanément la porte d’un boat show. Elle découvre la navigation sur Instagram, TikTok ou YouTube, via des créateurs de contenu qui filment leurs sorties en mer.

Le parcours d’achat commence en ligne, souvent des mois avant toute visite en salon. Un constructeur ou un revendeur qui n’investit pas dans du contenu vidéo court, des configurateurs en ligne et une présence sur les réseaux sociaux se coupe d’une partie croissante de la demande.

Pourquoi ce décalage persiste ? Parce que beaucoup d’acteurs de l’industrie nautique continuent de miser sur la publicité dans les magazines spécialisés et les emplacements premium dans les salons. Ces canaux fonctionnent encore pour le segment traditionnel, mais ils ne touchent pas les acheteurs émergents.

  • Créer des contenus qui montrent l’expérience de navigation (pas seulement le bateau), en situation réelle, avec des profils variés
  • Proposer des journées d’essai gratuites ou à prix réduit, en partenariat avec les boat clubs locaux, pour lever la barrière de la première expérience
  • Utiliser les données des plateformes de location pour identifier les modèles qui génèrent le plus de demande et adapter l’offre en salon

Le marché mondial de la plaisance continue de croître, porté par la demande en bateaux de moins de huit mètres et par l’essor des formules sans propriété. Les acteurs qui captent la nouvelle génération sont ceux qui vendent une expérience sur l’eau, pas un bien immobilisé dans un port.

La transition est déjà engagée. Les chantiers navals, distributeurs et gestionnaires de ports qui tardent à s’adapter laissent le terrain aux plateformes numériques, plus agiles et plus proches des attentes d’un public qui n’a jamais mis les pieds dans un salon nautique.

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